Médine. Un jeune homme de Quraych note, l'une après l'autre, les paroles qui sortent de la bouche du Messager d'Allah ﷺ. Autour de lui, on s'inquiète : le Prophète ﷺ est un être humain, il parle dans la colère comme dans la satisfaction, faut-il vraiment tout consigner ? Le jeune homme pose sa plume et va poser la question. Le Prophète ﷺ montre sa bouche du doigt : « Écris ! » Ce jeune homme, c'est Abdullah Ibn 'Amr Ibn Al-'As qu'Allah l'agrée.
Le même qui jura un jour de jeûner tous les jours et de prier toutes les nuits, avant que le Prophète ﷺ ne le ramène à la mesure. Et le même qui, devenu vieux, soupirait : « Si seulement j'avais accepté la concession du Prophète ﷺ ! »
Une lignée prestigieuse, un fils en avance sur son père
Abdullah Ibn 'Amr Ibn Al-'As qu'Allah l'agrée est né dans une famille prestigieuse de Quraych, issue du clan des Banou Sahm. Son père, 'Amr Ibn Al-'As qu'Allah l'agrée, n'avait qu'une douzaine d'années de plus que lui — les biographes parlent de onze ou douze ans d'écart. C'était l'un des hommes les plus intelligents et rusés de l'Arabie préislamique, qui deviendra plus tard un éminent conquérant musulman et le gouverneur d'Égypte.
Ce qui distingue Abdullah qu'Allah l'agrée dès son jeune âge, c'est qu'il embrassa l'islam avant son propre père, qui ne devint musulman qu'au début de l'an 8 de l'Hégire, peu avant la conquête de La Mecque. La date exacte de sa conversion n'est pas connue avec certitude. Né, selon les estimations, quelques années avant l'Hégire, il n'était qu'un enfant pendant la période mecquoise et ne compte pas parmi les premiers convertis persécutés à La Mecque ; c'est à Médine qu'il rejoignit le Prophète ﷺ, avant l'an 8.
La particularité de cette relation père-fils est remarquable : le fils précéda le père dans la foi, et tous deux devinrent des piliers de la communauté musulmane, chacun à sa manière. Tandis que 'Amr qu'Allah l'agrée se distingua par ses compétences militaires et administratives, Abdullah qu'Allah l'agrée se consacra à la science religieuse et à l'adoration.
Son jeune âge ne l'empêcha pas de montrer une maturité spirituelle exceptionnelle. Il bénéficia de l'enseignement direct du Messager d'Allah ﷺ et fut témoin de nombreux événements marquants de la vie prophétique. Son respect pour chaque parole du Prophète ﷺ était tel qu'il craignait d'en perdre la moindre syllabe.
« Écris ! » : la naissance d'As-Sahifa As-Sadiqa
Abdullah qu'Allah l'agrée ne se contentait pas d'écouter les paroles du Prophète ﷺ : il voulait les préserver. À une époque où l'écriture était rare et où la mémorisation constituait le principal moyen de transmission du savoir, cette démarche était exceptionnelle.
Il raconte lui-même : "Je consignais par écrit tout ce que j'entendais du Messager d'Allah ﷺ, voulant le mémoriser. Les Quraych m'en ont empêché en disant : "Tu écris tout ce que tu entends du Messager d'Allah ﷺ, alors qu'il est un être humain qui parle sous l'effet de la colère et de la satisfaction ?" Je cessai donc d'écrire et mentionnai cela au Messager d'Allah ﷺ. Il pointa alors vers sa bouche et dit : "Écris ! Par Celui qui détient mon âme en Sa main, il n'en sort que la vérité." "Rapporté par Abou Dawud, n° 3646.
Cette habitude était connue de tous. Abou Hourayra qu'Allah l'agrée, le plus grand transmetteur de hadiths, le reconnaissait lui-même : "Aucun des compagnons du Prophète ﷺ ne rapportait plus de hadiths que moi, sauf Abdullah Ibn 'Amr, car il écrivait et je n'écrivais pas."Rapporté par Al-Bukhari, n° 113.
Le manuscrit qu'il constitua porta le nom d'As-Sahifa As-Sadiqa, le Feuillet Véridique, en référence à la source de son contenu : la parole du Prophète ﷺ. On avance souvent le chiffre d'environ mille hadiths pour cette compilation, sans qu'aucune source ancienne permette de le vérifier précisément. Elle couvrait divers aspects de la religion : la croyance, la jurisprudence, la morale et les récits eschatologiques.
As-Sahifa As-Sadiqa devint une source primordiale pour les savants des générations suivantes. Elle fut transmise dans sa propre famille : son arrière-petit-fils 'Amr Ibn Chou'ayb en rapporta le contenu « d'après son père, d'après son grand-père », une chaîne que la majorité des savants du hadith acceptent, même si certains l'ont discutée. Abdullah qu'Allah l'agrée chérissait ce trésor plus que ses biens, le consultait et l'enseignait : il avait compris que la Umma aurait besoin de références écrites fiables après le départ du Prophète ﷺ.
Le serment de trop : jeûner chaque jour, prier chaque nuit
Abdullah qu'Allah l'agrée était animé d'un zèle spirituel intense, au point d'inquiéter le Prophète ﷺ lui-même, qui intervint pour le ramener à l'équilibre.
Selon l'une des versions, tout commença par une plainte. Son père 'Amr l'avait marié à une femme de noble lignée et venait régulièrement prendre des nouvelles de sa belle-fille. Elle répondait avec une pudeur pleine de sous-entendus : c'était un excellent homme, mais il ne s'était jamais approché de sa couche depuis son arrivée. 'Amr finit par en parler au Prophète ﷺ Rapporté par Al-Bukhari, n° 5052.
Abdullah raconte la suite : "Le Messager d'Allah ﷺ fut informé que je disais : "Par Allah, je jeûnerai le jour et je prierai la nuit tant que je vivrai." Je lui dis : "Je l'ai dit, que mon père et ma mère te soient donnés en rançon !" Il dit : "Tu ne pourras pas faire cela. Jeûne et romps ton jeûne, prie et dors. Jeûne trois jours par mois, car la bonne action est multipliée par dix, et cela équivaut au jeûne perpétuel." "Rapporté par Al-Bukhari, n° 1976.
Mais Abdullah qu'Allah l'agrée, dans son ardeur, demanda à faire davantage. Le Prophète ﷺ l'autorisa pas à pas, jusqu'à lui dire : "Ton corps a un droit sur toi, tes yeux ont un droit sur toi, ton épouse a un droit sur toi et ton visiteur a un droit sur toi. [...] Jeûne le jeûne du prophète d'Allah David عليه السلام, et ne dépasse pas cela." Abdullah demanda : « Quel était le jeûne de David ? » Le Prophète ﷺ répondit : "La moitié du temps. "Rapporté par Al-Bukhari, n° 1975.
Autrement dit : un jour de jeûne, un jour sans. Et lorsqu'Abdullah affirma pouvoir faire mieux encore, le Prophète ﷺ trancha : "Il n'y a rien de meilleur que cela. "Rapporté par Al-Bukhari, n° 1976.
Abdullah qu'Allah l'agrée s'engagea dans cette pratique avec constance. Des années plus tard, quand les forces lui manquèrent, il le disait lui-même : "Si seulement j'avais accepté la concession du Prophète ﷺ ! "Rapporté par Al-Bukhari, n° 1975.
Pourtant, il ne voulut jamais abandonner ce qu'il avait convenu avec le Messager d'Allah ﷺ. Quand le jeûne d'un jour sur deux devint trop lourd, il jeûnait plusieurs jours d'affilée puis rompait le même nombre de jours, pour garder le même compte, car il répugnait à délaisser une pratique sur laquelle il avait quitté le Prophète ﷺRapporté par Al-Bukhari, n° 5052.
Réciter le Coran sans le précipiter
La même ardeur se retrouvait dans sa lecture du Coran : Abdullah qu'Allah l'agrée récitait le Livre d'Allah ﷻ en entier chaque nuitRapporté par Al-Bukhari, n° 5052. Le Prophète ﷺ lui demanda de le terminer en un mois ; Abdullah insista, et le délai fut réduit pas à pas.
Les versions divergent sur la limite finale. Dans certaines, le Prophète ﷺ s'arrête à sept nuits : "Récite-le en sept nuits et ne dépasse pas cela."Rapporté par Al-Bukhari, n° 5054. Dans d'autres, il va jusqu'à trois jours Rapporté par Al-Bukhari, n° 1978. Beaucoup de savants ont concilié les deux en voyant dans sept jours la recommandation, et dans trois jours la limite à ne pas franchir.
Abdullah rapporte d'ailleurs que le Messager d'Allah ﷺ a dit : "Celui qui récite le Coran en moins de trois jours ne le comprend pas."Rapporté par Abou Dawud, n° 1394.
Ces enseignements adressés à Abdullah qu'Allah l'agrée valent pour tous les musulmans : l'adoration doit être accomplie avec constance et modération, en respectant les droits du corps, de la famille et de la communauté.
Un maître de la transmission
Abdullah qu'Allah l'agrée compte parmi les compagnons les plus érudits et les plus prolifiques dans la transmission des hadiths. On lui attribue, selon les décomptes classiques, environ sept cents hadiths du Messager d'Allah ﷺ, couvrant la croyance, les règles du jeûne et de la prière, les bonnes manières, les signes de la Fin des Temps et bien d'autres thèmes.
Sa transmission était marquée par la crainte de rapporter quoi que ce soit d'inexact au sujet du Prophète ﷺ, conformément à l'avertissement : "Quiconque ment délibérément sur moi, qu'il prenne sa place en Enfer. "Rapporté par Al-Bukhari, n° 110.
Il était également connu pour sa connaissance des Écritures antérieures. Lors des campagnes de Syrie, notamment à Yarmouk, il obtint, rapporte-t-on, deux charges de chameau de livres des Gens du Livre, qu'il lisait et dont il tirait parfois des récits. Le Prophète ﷺ avait autorisé cette transmission dans certaines limites : "Transmettez de ma part, ne serait-ce qu'un verset, et rapportez des récits des Enfants d'Israël, il n'y a pas de mal. Quiconque ment délibérément sur moi, qu'il prenne sa place en Enfer."Rapporté par Al-Bukhari, n° 3461.
C'est d'ailleurs Abdullah qu'Allah l'agrée lui-même qui rapporte ce hadith. Les savants ont toutefois appelé à la prudence : Ibn Kathir et d'autres distinguent soigneusement ce qu'il rapporte du Prophète ﷺ, qui fait autorité, de ce qu'il tirait de ces livres, qui n'a que la valeur des récits israélites : on ne les déclare ni vrais ni faux, tant qu'ils ne contredisent pas le Coran et la Sunna.
De nombreux savants parmi les Tabi'in étudièrent auprès de lui et transmirent son savoir, parmi lesquels 'Ata Ibn Abi Rabah, Moujahid Ibn Jabr, et d'autres piliers de l'exégèse et du hadith.
De Yarmouk à Siffin
Bien qu'Abdullah qu'Allah l'agrée soit surtout connu pour son érudition et son ascétisme, il prit part aux campagnes de Syrie — il était présent à Yarmouk — et l'on rapporte qu'il accompagna son père 'Amr Ibn Al-'As qu'Allah l'agrée lors de la conquête de l'Égypte. Contrairement à son père, il préférait cependant l'adoration et l'enseignement aux affaires militaires et politiques.
Durant la grande épreuve de la Fitna qui éclata après l'assassinat du calife 'Uthman Ibn 'Affan qu'Allah l'agrée, sa position fut plus douloureuse qu'on ne le croit souvent. Son père 'Amr s'était rangé aux côtés de Mu'awiya qu'Allah l'agrée, et Abdullah se trouva avec lui à Siffin. Il expliqua plus tard pourquoi : le Prophète ﷺ lui avait recommandé d'obéir à son père tant que celui-ci vivrait. Mais il assura n'avoir pris part à aucun combat : « Par Allah, je n'ai frappé d'aucune épée, je n'ai porté aucun coup de lance et je n'ai tiré aucune flèche. »Rapporté par Ahmad dans son Musnad.
Il en garda un regret profond. Les biographes, comme Adh-Dhahabi, lui prêtent ces mots : « Qu'avais-je à faire à Siffin ? Qu'avais-je à faire à combattre des musulmans ? J'aurais aimé mourir vingt ans avant. » Ce regret rejoint l'avertissement du Prophète ﷺ contre les discordes internes. Abou Hourayra qu'Allah l'agrée rapporte qu'il a dit : " Il y aura des troubles. Celui qui s'y assied vaut mieux que celui qui s'y lève, celui qui s'y lève vaut mieux que celui qui y marche, et celui qui y marche vaut mieux que celui qui y court. Celui qui s'y expose sera emporté. Quiconque trouve un refuge ou un abri, qu'il s'y réfugie."Rapporté par Muslim, n° 2886.
Après ces années d'épreuve, Abdullah qu'Allah l'agrée se consacra à ce qu'il savait faire de mieux : la transmission du savoir et l'adoration d'Allah ﷻ.
Les signes de l'Heure
Abdullah qu'Allah l'agrée transmit de nombreux hadiths sur la Fin des Temps : les signes de l'Heure, l'apparition du Dajjal, la descente de 'Issa Ibn Maryam عليه السلام.
Parmi les plus célèbres figure celui sur la manière dont la science disparaîtra. Le Prophète ﷺ a dit : "Allah ne retire pas la science en l'arrachant des poitrines des serviteurs, mais Il la retire par la mort des savants. Lorsqu'il ne restera plus de savant, les gens prendront pour chefs des ignorants ; on les interrogera, ils répondront sans science, ils s'égareront et égareront les autres."Rapporté par Al-Bukhari, n° 100.
Il rapporta également ce hadith sur le Dajjal : "Le Dajjal apparaîtra dans ma communauté et y restera quarante — je ne sais s'il s'agit de quarante jours, quarante mois ou quarante ans. Allah enverra alors 'Issa Ibn Maryam, qui ressemblera à 'Urwa Ibn Mas'oud. Il le poursuivra et le fera périr. "Rapporté par Muslim, n° 2940.
Ces connaissances n'étaient pas pour lui une curiosité : connaître la fragilité de cette vie et l'approche de l'Au-delà nourrissait son détachement et sa dévotion.
Un caractère façonné par la Sunna
Au-delà de sa science et de sa dévotion, Abdullah qu'Allah l'agrée se distinguait par sa générosité, qui s'étendait au partage du savoir, dispensé avec patience à tous ceux qui le sollicitaient.
Sa relation avec son père mérite une mention particulière. Le Prophète ﷺ lui avait recommandé de lui obéir tant qu'il vivrait, et il le suivit jusque dans les moments les plus difficiles, comme on l'a vu à Siffin, appliquant ainsi l'enseignement coranique : {Et ton Seigneur a décrété : « N'adorez que Lui ; et marquez de la bonté envers les père et mère : si l'un d'eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : "Fi !" et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. »}Sourate Al-Isra - Verset 23.
Malgré sa science, il demeurait humble et accessible. Son intégrité dans ses relations incarnait ce hadith : "Aucun de vous n'a la foi complète tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même."Rapporté par Al-Bukhari, n° 13.
Les hadiths qui dessinent son portrait
Les hadiths qu'Abdullah qu'Allah l'agrée a transmis dessinent aussi ce qui lui tenait à cœur : l'écriture du savoir, la prière de nuit, la miséricorde, la maîtrise de la langue.
Il racontait comment l'on écrivait autour du Prophète ﷺ : "Alors que nous étions autour du Messager d'Allah ﷺ à écrire, on lui demanda : laquelle des deux villes sera conquise en premier, Constantinople ou Rome ? Il répondit : la ville d'Héraclius sera conquise en premier."Rapporté par Ahmad dans son Musnad et par Ad-Darimi — c'est-à-dire Constantinople.
Sur la prière de nuit, il rapportait du Prophète ﷺ : "Celui qui prie la nuit avec dix versets ne sera pas inscrit parmi les insouciants, celui qui prie avec cent versets sera inscrit parmi les dévots, et celui qui prie avec mille versets sera inscrit parmi ceux qui reçoivent la récompense au quintal."Rapporté par Abou Dawud, n° 1398.
Sur la miséricorde : "Les miséricordieux, le Tout Miséricordieux leur fera miséricorde. Soyez miséricordieux envers ceux qui sont sur terre, Celui qui est au ciel vous fera miséricorde."Rapporté par At-Tirmidhi, n° 1924.
Sur les péchés de la langue, c'est encore lui qui rapporte l'une des définitions les plus célèbres du musulman : "Le musulman est celui dont les musulmans sont à l'abri de la langue et de la main, et l'émigré est celui qui délaisse ce qu'Allah a interdit."Rapporté par Al-Bukhari, n° 10.
Quant à l'adoration, il avait reçu du Prophète ﷺ lui-même la leçon la plus directe : ce qui compte n'est pas l'exploit d'un jour, mais la constance d'une vie. Lui qui avait appris la modération à ses dépens savait mieux que personne ce que signifie la parole d'Allah ﷻ : {Et ainsi avons-Nous fait de vous une communauté de juste milieu.}Sourate Al-Baqara - Verset 143.
La fin d'une longue vie
Abdullah qu'Allah l'agrée vécut jusqu'à un âge avancé, enseignant et adorant Allah ﷻ jusqu'à ses derniers jours. Il vécut une partie de sa vie en Égypte, dont son père fut le gouverneur, et possédait près de Taïf un domaine familial appelé Al-Waht.
Les sources divergent sur la date et le lieu de sa mort. La date la plus souvent retenue est l'an 65 de l'Hégire, mais on trouve aussi 63, 67, 68 ou 73 ; quant au lieu, certains le situent à La Mecque, d'autres à Taïf, en Égypte ou en Syrie. Selon l'avis le plus courant, il avait alors environ soixante-douze ans.
Ce qui est certain, c'est l'héritage qu'il laissa. L'imam Ahmad Ibn Hanbal consacre dans son Musnad une large place à ses récits, et les six grands recueils de hadiths (Al-Koutoub As-Sitta) contiennent de nombreuses narrations provenant de lui. À une époque où l'écriture des hadiths n'était pas encore systématique, son initiative permit de sauvegarder des centaines de paroles prophétiques.
Ce que sa vie nous enseigne
Le premier enseignement tient à la plume. En écrivant les hadiths avec l'aval du Prophète ﷺ, Abdullah qu'Allah l'agrée rappelle l'importance de préserver le savoir religieux et de s'attacher aux sources sûres, à une époque où l'information abonde mais où la connaissance vérifiée se raréfie.
Le deuxième tient à la mesure. Son dialogue avec le Prophète ﷺ enseigne que l'islam valorise la constance dans la modération plutôt que l'intensité passagère. Le Prophète ﷺ disait : "Les actes les plus aimés d'Allah sont les plus réguliers, même s'ils sont modestes."Rapporté par Al-Bukhari, n° 6465. Il disait aussi : "La recherche de la science est une obligation pour tout musulman."Rapporté par Ibn Majah, n° 224 — un hadith dont la chaîne chez Ibn Majah est faible, mais qu'Al-Albani a jugé authentique par l'ensemble de ses voies.
Le troisième tient aux droits. Celui d'Allah ﷻ, du corps, de l'épouse, du visiteur : l'islam n'oppose pas la spiritualité aux obligations terrestres, il les harmonise.
Le quatrième tient à la discorde. Son regret après Siffin enseigne la gravité des divisions entre musulmans, et la sagesse de s'en préserver lorsque la vérité devient confuse, pour concentrer ses efforts sur ce qui unit la Umma plutôt que sur ce qui la divise.
Confusions fréquentes à écarter
On lit souvent qu'Abdullah qu'Allah l'agrée se tint entièrement à l'écart de la Fitna. C'est inexact. Il était présent à Siffin aux côtés de son père, par obéissance, même s'il affirma n'avoir pas combattu, et il le regretta toute sa vie.
On le présente aussi parfois comme un converti de la période mecquoise, persécuté avec les premiers musulmans. Rien ne l'établit : il était enfant à La Mecque. Ce qui est sûr, c'est qu'il devint musulman avant son père, donc avant l'an 8 de l'Hégire.
On entend encore qu'il aurait été le seul compagnon à écrire les hadiths. D'autres écrivaient aussi — il le dit lui-même : « nous étions autour du Messager d'Allah ﷺ à écrire ». Ce qui le distingue, c'est l'ampleur et la régularité de son travail, au point qu'Abou Hourayra qu'Allah l'agrée le reconnaissait plus riche en hadiths que lui.
Enfin, le jeûne d'un jour sur deux n'est pas un pis-aller après le jeûne perpétuel. C'est le meilleur des jeûnes surérogatoires selon le Prophète ﷺ ; le jeûne perpétuel, lui, a été écarté par le Prophète ﷺ, qui dit à Abdullah lui-même : "Il n'a pas jeûné, celui qui jeûne perpétuellement."Rapporté par Muslim, n° 1159.
💾 Ce qu’il faut retenir
Le compagnon de la plume : Abdullah Ibn 'Amr qu'Allah l'agrée écrivit les hadiths avec l'encouragement explicite du Prophète ﷺ, constituant As-Sahifa As-Sadiqa, à laquelle on attribue souvent un millier de hadiths.
Musulman avant son père : Il embrassa l'islam avant 'Amr Ibn Al-'As qu'Allah l'agrée, converti au début de l'an 8 ; la date exacte de sa propre conversion reste inconnue.
Plus de hadiths qu'Abou Hourayra : Le grand transmetteur le reconnaissait lui-même, parce qu'Abdullah écrivait " et je n'écrivais pas " Rapporté par Al-Boukhari, n° 113.
Le jeûne de David عليه السلام : Il adopta le jeûne surérogatoire que le Prophète ﷺ a déclaré le meilleur — un jour sur deux — et, devenu vieux, garda le même compte en regroupant ses jours de jeûne.
Les droits du corps et de la famille : Le Prophète ﷺ lui rappela que son corps, ses yeux, son épouse et son visiteur avaient des droits sur lui.
Le Coran sans précipitation : Sept nuits ou trois jours selon les versions, mais jamais moins de trois jours, car celui qui le récite plus vite ne le comprend pas.
Siffin et le regret : Lors des discordes qui suivirent l'assassinat de 'Uthman qu'Allah l'agrée, il suivit son père à Siffin par obéissance, sans combattre selon ses propres mots, et regretta ensuite amèrement d'y avoir été mêlé.
Un transmetteur des signes de l'Heure : Il rapporta de nombreux hadiths sur la Fin des Temps, la disparition de la science et le Dajjal.
Une fin de vie aux dates incertaines : Il mourut le plus probablement en l'an 65 de l'Hégire, à environ soixante-douze ans, mais les sources divergent sur la date et le lieu.
Le regret constructif : « Si seulement j'avais accepté la concession du Prophète ﷺ ! » — sa parole de vieillesse rappelle que la sagesse de la Sunna se révèle parfois avec le temps.